Sandre sur une frayère

" Ces poissons qui fond des nids", voilà un sujet que je pensais vite traiter. Mais c’était sans compter sur les multiples stratégies de reproduction des quelques 80 espèces colonisant nos eaux douces (France Métropolitaine).

 

Si la plupart des poissons déposent leur œufs sur un support définis : de la végétation ou un substrat minéral (gravier sable). D'autres espèces pondent leurs œufs en pleine eau. Ces œufs adhésifs se déposeront par la suite au grès des courants sur les substrats des fonds de rivière.

Parmi les espèces qui ne pondent pas en pleine eau, quelques poissons ont choisi de déposer leurs œufs dans un nid afin de maximiser les chances de réussite de leur reproduction. Certaines espèces exercent même une garde de ce nid, des soins parentaux à la ponte et même aux alevins. On parle alors de gardien de nid.

Mais ces soins et cette garde peuvent aussi être entrepris par des espèces qui n’ont pas à proprement parlé fabriqué de nid.

De même, si certaines espèces accordent beaucoup de soin à la confection de leur nid, d'autres se contentent d'un nid très rudimentaire. Enfin quelques poissons pondent sous le gravier ou dans des interstices minéraux, sans que la littérature scientifique évoque la notion « de nid ».

Voilà pourquoi j'ai eu quelques difficultés à faire le tri dans toutes ces stratégies.

Voici donc la liste commentée des poissons de France métropolitaine qui construisent un nid.

 

les truites pondent leur oeuf dans des nids Pour débuter, il existe dans la famille des salmonidés ("les truites"), quelques espèces très connues des pêcheurs qui confectionnent des nids. On peut d'abord évoquer les trois écotypes de truite (Salmo trutta : truite de mer, truite lacustre, truite de rivière).

 

Truite de rivère

Chez la truite, la femelle s’aide de sa queue pour creuser des nids de pontes ou poche d'œufs (cuvette de 10 à 20 cm de profondeur). Dans ces nids, sont déposés les ovocytes, immédiatement fécondés par le sperme du mâle puis recouverts, par la femelle, de gravier afin d'éviter leur entrainement par le courant. Pour préciser, la femelle creuse des nids de ponte en crête de radier. Les œufs de la première ponte sont recouverts par les graviers du second nid dont les œufs sont à leur tour enfouis sous les graviers du 3ème nid.

Le saumon atlantique (Salmo salar), autre espèce emblématique de la famille des salmonidés, présente aussi la particularité d'aménager un nid pour sa reproduction. Avant de pondre, la femelle creuse à l'aide de sa nageoire caudale, une ou plusieurs excavations. Le nombre de nid dépend du nombre de mâles présents sur la frayère. On dénombre généralement entre 1 et 5 nids de pontes creusés dans un lit de galets.

Toujours chez les salmonidés, la truite arc en ciel (Oncorhiynchus mykiss) ainsi que l'omble de fontaine (Salvelinus fontinalis), deux espèces introduites à des fins halieutiques, sont des poissons qui constituent des nids sur des fonds de graviers galets. Mais, la reproduction en France comme en Europe de la truite arc en ciel est exceptionnelle. De même, l'omble de fontaine forme seulement quelques populations viables dans les régions des Alpes, du Massif Central, du Jura, des Vosges, des Ardennes et des Pyrénées.

 

Omble de fontaine .Crédit photo : EPTB Saône-et-Doubs

 

Enfin, l'ombre commun (Thymallus thymallus) enfouit ces œufs dans le sédiment (galets, graviers, sables grossiers), sans constituer de nid. En effet, pour leur reproduction, les géniteurs étroitement accolés, enfoncent la partie postérieure de leur corps dans le gravier par des vibrations rapides de leur pédoncule caudal.

Ombre commun. Crédit photo : EPTB Saône-et-Doubs

 

 

le black bass pose ses oeufs dans un nidPour poursuivre et changer de famille, il convient de citer les centrarchidés dont « les représentants » entreprennent la construction d’un nid lors de leur reproduction. On peut citer la perche soleil et le black bass pour les plus connus. Pour les moins connus, il faut évoquer le crapet de roche.

Ces trois espèces, toutes présentes en France Métropolitaine, sont ce qu’on appelle des gardiens de nids.

La perche soleil (Lepomis gibbosus) est un nidificateur peu exigeant. Un nid plat fait d’une excavation de fond sableux et de divers matériaux végétaux fait très bien l’affaire. Plusieurs femelles pondent dans un même nid qui sera surveillé par un mâle. Par la suite, le mâle surveille plusieurs jours les alevins après leur éclosion.

Chez le black bass (Micropterus salmoides), le nid est confectionné par le mâle. Ce nid, peu profond en forme de cuvette (30 à 50 cm) est généralement constitué sur un fond sablonneux voir graveleux. Lorsque les substrats minéraux viennent à manquer, les black bass peuvent se reproduire dans une "dépression" sur des fonds de glaise dure, des branches et des bois. Les femelles déposent leurs œufs dans plusieurs nids. Le nid est gardé par le mâle qui ventile aussi les œufs. Mais son rôle ne s’arrête pas là, puisque ce dernier protège les alevins pendant 2 à 3 semaines.

Enfin chez le crapet de roche (Ambloplites rupestris), c’est aussi le mâle qui construit le nid sur un fond de sables grossiers où de graviers. Comme pour le black bass et la perche soleil, le mâle garde les œufs puis les alevins.

Crapet de Roche

 

le sandre pond dans un nid Autre espèce bien connue des pêcheurs, mais dans une autre famille, celle des percidés, le sandre (Stizostedion lucioperca) aménage un nid rudimentaire. C’est au mâle que revient cette responsabilité. Ce dernier semble même rester fidèle année après année au même site de reproduction. Non seulement le mâle aménage le nid, mais il le garde et l’entretient en réalisant un nettoyage des particules de vase par la création d’un courant généré par le battement de ses nageoires. Lors de la garde du nid, le mâle présente un comportement très agressif : s’attaquer à un plongeur ne lui fait pas peur.

Sandre sur frayère : Crédit photo Julien Corjet

 

Dans un tout autre genre, le poisson chat (Ictalatus melas) fabrique aussi un nid pour se reproduction. Pour cette espèce, c’est la femelle qui confectionne le nid dans un fond sablo-vaseux ou de gravier ou encore parmi la végétation. La ponte est ensuite gardée et défendue (avec agressivité) par les parents qui procèdent à la ventilation des œufs.

 

le silure pond ses oeufs dans un nidLe silure glane (Siluris glanis) considéré à tord (par certain) comme un gros poisson chat est aussi un « aménageur de nid ». La ponte se produit par couple dans un nid confectionné et gardé par le mâle. Les œufs sont déposés de nuit dans une cuvette de sédiment sablo vaseux parmi les hélophytes (roseaux, joncs..) ou au niveau des racines d’arbres. Le mâle ventile les œufs et élimine les vases et particules fines par le battement de ses nageoires pectorales.

 

Si l’ensemble des poissons évoqués jusqu’à présent est plutôt bien connus des pêcheurs, il existe encore d’autres espèces qui confectionnent des nids. Moins pêchées et plus discrètes il s’agit surtout de petites espèces.

En premier lieu, il est possible d’évoquer l’épinoche commune (Gasterosteus aculeatus Linnaeus) et l’épinochette (Pungitius pungitius), toutes deux de la famille des gasterosteidés.

Chez l’épinoche commune, le mâle construit dans une zone peu profonde un nid en forme de tunnel, fait de débris végétaux agglomérés par du mucus (secrété par le rein). Après la ponte de plusieurs femelles dans le même nid, le mâle garde et ventile la ponte. Il effectue aussi une surveillance des alevins pendant 2 semaines.

 

Il existe de nombreuses similitudes chez l’épinochette. Le nid en forme de « manchon » est aussi constitué de débris végétaux et d’algues agglutinés par de secrétions muqueuses produites par le rein. Le mâle garde aussi le nid et continue sa protection après l’incubation.

Epinochette

 

Parmi ces autres petites espèces, il faut aussi évoquer un poisson sensible de la zone à truite, le chabot. Si autrefois, on considérait la présence d’une seule et unique espèce, le chabot commun (Cottus gobio), on considère actuellement la présence d’une dizaine d’espèces différentes mais dont les mœurs de reproduction peuvent être considérées comme similaires.

Le nid est aménagé sous les pierres dans une dépression sablonneuse ou graveleuse. Les œufs sont disposés au plafond du nid (accrochés sous une pierre). Le mâle garde le nid qu’il défend farouchement pendant 3 à 4 semaines.

Oeufs de chabot

 

Chabot

 

 

Pour poursuivre et évoquer d’autres petites espèces, on peut citer les gobies qui aménagent des nids sous les pierres ou dans des cavités rocheuses. Chez ces petits poissons, le mâle garde et nettoie la ponte. Dans les eaux douces Française on distingue ainsi trois gobies « invasifs » : le gobie demi lune (Proterorhinus semilunaris), le gobie de Kessler (Neogobius kessleri) et le Gobie à taches noires (Neogobius melanostomus). Tous trois sont présents actuellement dans le nord-est de la France.

Mais on distingue aussi deux autres espèces : le gobie tacheté (Pomatoschistus microps) et le gobie buhotte (Pomatoshistus minutus) qui occupent tous deux les franges maritimes littorales (estuaires, lagunes, les zones intertidales…)

 

Dans le même genre d’espèce, on peut aussi évoquer la blennie fluviatile (Salaria fluviatilis) dont la femelle dépose une monocouche de 200 à 500 ovules de 1 mm sur les parois de l’abri que le mâle garde et ventile pendant l’incubation. Le nid se situe sous une pierre en eau vive, ou près du rivage battu par les vagues.

 

Pour terminer cet article (sauf erreur et oubli de ma part), il reste à mentionner rapidement le tête de boule (Pimephales promelas Rafinesque) et les trois lamproies : lamproie de planer (Lampetra planeri), lamproie marine (Petromyzon marinus Linnaeus) et lamproie de rivière (Lampetra fluviatilis).

Cependant il convient de rappeler que les lamproies ne font pas parties du « groupe » des poissons mais sont à rattacher à l’embranchement des vertébrés crâniatres aquatiques. En d'autres termes si les poissons sont dotés de mâchoires, les lamproies en sont dépourvues.

Concernant le tête de boule, il s'agit d'un poisson originaire du continent nord américain introduit dans le début des années 1980 en France, mais dont la présence serait incertaine aujourd'hui.

S'agissant d'un poisson anecdotique (le tête de boule) et d'espèces ne faisant pas parti du "groupe" des poissons, je ne développerai pas plus sur ces dernières espèces.

 

 

Voilà, je pense avoir fait le tour des espèces de poissons de France Métropolitaine qui font des nids. Il y aurait encore beaucoup à dire, mais il est difficile de résumer tant de stratégies de reproduction en un même billet de blog.

 


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 Rem